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Goncourt-prisen 2007


07.11.2007



Gilles Leroy har fått Goncourt-prisen for romanen "Alabama Song"


 

Libération, 6 Nov, 2007
A 48 ans, l’écrivain remporte le prix Goncourt pour «Alabama Song», un roman où la femme de Francis Scott Fitzgerald crie son destin tragique.
 
En répondant à un médecin, Zelda crie son destin. C’est une femme en colère: vie, ressentiment, chagrin. Elle est déjà internée. «J’aurais pu me laisser submerger par le matériel biographique, énorme et terriblement contradictoire, nous expliquait hier Gilles Leroy, mais j’ai pris un parti de romancier. J’ai travaillé sur l’imagination et le souvenir des textes. Les correspondances de Scott et Zelda m’ont aidé. Zelda a un langage cru dans ses lettres. Quand elle pense pute, elle dit pute.» Dans Alabama Song, Zelda dit par exemple, en 1924: «Ma robe est en peau d’ange, et c’est une très belle robe» , puis se demande: «Est-ce qu’on sent sur moi l’odeur du sexe ?» Tandis qu’il écrit Gatsby le Magnifique, elle vient de tromper Scott avec un aviateur français, Edouard Jozan. Leroy imagine cette liaison, dont on n’a jamais su jusqu’où elle était allée. Scott en tirera entre autres une splendide nouvelle, l’Image au fond du coeur. L’homme de la nouvelle ne saura jamais ce qu’a vécu sa femme : «Ce qu’elle pensait, écrit Fitzgerald, demeurerait à jamais mystérieux, insondable, à l’image du lac obscur qu’est le coeur de toute femme.» C’est dans ce lac que plonge Gilles Leroy. Il plonge profond, ses phrases le suivent plus ou moins. «J’en veux à Scott, dit sa Zelda, parce qu’il s’est servi de moi pour toutes ses héroïnes, qu’il m’a pris pour matériau et m’a volé ma vie.» La vie est moins simple – ou plus talentueuse – que les récits qui la dénoncent. Hésitation. Le prix Goncourt n’a été attribué à Gilles Leroy qu’au quatorzième tour de scrutin, par quatre voix contre deux à Olivier Adam, auteur d’A l’abri de rien (éditions de l’Olivier). Dans ce roman, c’est également une femme qui parle : Marie, chômeuse et dépressive du nord de la France, aidant des réfugiés tabassés par les flics et rejetés par les autres. L’héroïne littéraire coiffe l’héroïne sociale, mais difficilement : le nombre de tours de scrutin indique que ni l’une, ni l’autre, ni les trois autres romans concurrents (1) ne s’imposaient véritablement aux jurés. Le Mercure de France est une filiale de Gallimard, qui a obtenu le prix Renaudot avec le livre de Daniel Pennac, Chagrin d’école (lire page 31). Gallimard avait déjà bénéficié du prix Goncourt 2006 avec les Bienveillantes, de Jonathan Littell. L’éditeur emporte de nouveau le premier rôle de l’opérette littéraire d’automne. Curieusement, la même maison publie ces jours-ci, dans la collection L’Arpenteur, un essai de Pietro Citati sur Scott et Zelda : la Mort du papillon. Citati décrit et analyse comment les deux enfants doués «abusèrent de leur amour, le déchirèrent, le mirent en pièces avant même d’être submergés par la folie». Son livre est sobre, chronologique, plutôt «du côté» de Scott. Il peut servir de cadre – et de nuance– au travail imaginatif de Leroy. L’un et l’autre s’accordent pour penser le plus grand mal d’Ernest Hemingway, qui écrivit des lettres cruelles sur Scott et Zelda. Hemingway se venge toujours très bien de la vie en exécutant ses amis. Dans la peau de Zelda, Leroy tente de faire celle d’un cliché : celui de la folle-qui empêcha-l’écrivain-de vivre-et-finalement-decréer. Comme tous les clichés, il a un fond de vérité. Zelda et Scott, c’est aussi l’histoire d’une rivalité amoureuse et créatrice. Apprenant la mort de son mari, en 1940, Zelda-la-folle écrit (selon Leroy) : «Nulle place dans ma poitrine pour les sanglots : je lui en veux et je maudis le sort qu’il me fait en me condamnant à lui survivre. Pour avoir vécu dans son ombre, me voici donc promise à faner seule et m’éteindre dans le noir ?» Journal intime. Gilles Leroy dépose en Zelda les passions, les angoisses, les sensations qui nourrissaient ses précédents livres (parmi lesquels les Maîtres du monde et l’Amant russe). Dans le dernier, Champsecret, journal intime où auteur et narrateur finissent par se confondre, il regardait une photo de Scott et Zelda sur le paquebot qui les conduisait au Havre, en 1924. Il rêvait

Gilles Leroy n’a enlevé le Goncourt qu’au quatorzième tour de scrutin, par quatre voix contre deux à Olivier Adam, auteur d’A (éditions de l’Olivier). Preuve qu’aucun des romans ne s’imposait aux jurés.

d’entrer dans cette image. «Le prochain livre naît du précédent, explique-t-il, et j’ai fini par le faire.» «Je suis Zelda, dit Leroy, généreux avec luimême dans les charges qu’il s’impose, mais aussi Scott : un écrivain pas très disponible pour les autres. J’ai vécu avec quatre personnes, deux ont voulu m’empêcher d’écrire. Ecrire envahit tout et repousse les autres.» Zelda aussi écrivait. Alabama est le nom qu’elle s’est donné dans son roman Accordez- moi cette valse. «J’ai lu Scott quand j’avais vingt ans, dit Leroy. A cet âge-là, c’est facile de tomber amoureux de lui. Peu à peu, j’en suis venu à découvrir Zelda, à la lire. Son destin est cruel, je ne pouvais l’écrire autrement que par elle. Elle est le désespoir de Scott.» De lui, il aime avant tout les nouvelles de la Fêlure, Gatsby le magnifique, l’Envers du paradis. Il a fini par aller en Alabama cet hiver, pour voir et sentir le lieu où elle était née, avait grandi. A cette époque, son roman était déjà presque entièrement écrit.


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Oppdatert av Magnhild Svenheim den 04.02.2008 13:45
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Goncourt-prisen 2007
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Desse er nominerte til Goncourt-prisen ....
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