Le marché du travail en Norvège
Le chômage en Norvège a régressé de façon spectaculaire au cours des années 1993-1998. À léchelle européenne, le taux de chômage norvégien fait figure de record tant il est bas. Après son envolée à la fin des années 1980 et au début des années 1990, de nombreux analystes
craignaient quil ne simplantât de façon durable à un niveau encore plus élevé, ainsi quil en fut dans la plupart des autres pays européens. Tel ne fut pas le cas en Norvège. Bien que le taux de chômage ait augmenté légèrement au cours du second semestre de 1999, il reste très bas. Il est heureux de constater que le chômage de longue durée sest considérablement réduit ces dernières années.
Cet article décrit lévolution du marché norvégien du travail depuis les années 1980 jusquà nos jours, et cherche à
faire le point sur la question de savoir qui sont les chômeurs à lheure actuelle.
Par Theodor Harald (Ted) Hanisch
Le développement du marché du travail depuis les années 1980
En 1980, la Norvège comptait 2,6 millions de personnes en âge de travailler (personnes entre 16 et 66 ans). Dix-neuf ans plus tard, ce nombre était passé à 2,9 millions de personnes.
Dans une perspective internationale, la Norvège a un taux de participation à la vie active très élevé : parmi les pays de lOCDE, seules lIslande et la Suède connaissent un taux de participation supérieur. En 1980, 73 % de la population en âge de travailler faisaient partie de la population active. En 1999 ce pourcentage était passé à 79 %. Au cours des années 1980, un nombre croissant de femmes trouvèrent un emploi en dehors de leur foyer. Alors que 60 % des femmes en âge de travailler étaient en 1980 employées à une activité salariée, on en comptait 75 % en 1999. Le pourcentage de femmes employées sur le marché norvégien du travail est maintenant lun des plus élevés au monde.
Le nombre de femmes employées à plein temps sest également accru au cours de ces dernières années. La réduction du nombre denfants, laugmentation des places dans les jardins denfants, et des congés de maternité de plus en plus longs ont permis aux femmes de participer plus activement à la vie professionnelle. Toutefois, cette évolution provient aussi en grande partie de lélévation générale du niveau détudes en Norvège au cours de ces 20 ou 30 dernières années, plus particulièrement parmi les femmes.
La participation des hommes à la vie active est passée de 85 % en 1987 à 80 % en 1993 avant daugmenter à nouveau. En 1999, 84 % des hommes en âge de travailler occupaient un emploi.
Comparé à la situation qui existait il y a 20 ans dans notre pays, un plus grand nombre de Norvégiens à lâge actif est actuellement en préretraite ou bénéficie dune pension dinvalidité. Dans les années à venir, la part des personnes âgées dans la population va connaître une forte augmentation, ce qui en soi contribuera à accroître le nombre de bénéficiaires dune pension dinvalidité. La forte participation à la vie active de personnes atteintes dun handicap moteur ou de problèmes de santé est elle aussi attribuable au fait que la plus grande partie des réserves de main-duvre est employée, ce qui laisse présager quun certain nombre dindividus finiront par être exclus du système et se verront allouer une pension dinvalidité. Il sagit là de catégories dindividus qui, en dautres circonstances, nauraient pas bénéficié de cette pension et qui, dans dautres pays dEurope où la participation à la vie active est inférieure, sont pris en charge en milieu familial.
Si la Norvège souhaite maintenir le taux élevé de participation à la vie active quelle connaît actuellement, il est essentiel que certains groupes dindividus marginalisés sur le marché du travail ne soient pas exclus du système et réduits à nêtre que des bénéficiaires passifs de pensions. Il sagit de la tâche la plus importante dévolue au programme de réinsertion professionnelle de lAdministration nationale pour lemploi (ci-après dénommée Aetat) qui contribue chaque année à remettre environ 15 000 handicapés moteurs sur le marché du travail.
Lâge de la retraite demeure élevé en Norvège. Il est en effet de 67 ans, avec toutefois la possibilité de prendre une retraite anticipée, la contrepartie étant le versement dune pension réduite. En pratique, lâge de la retraite est donc un peu plus bas. La Norvège connaît elle aussi une augmentation du nombre de retraités. Par ailleurs, le pourcentage de la population active qui suit une formation a augmenté.
Par comparaison avec dautres pays, les Norvégiens ont très peu de jours de congé. La législation fixe à 21 jours ouvrés le nombre de jours de congé annuel, soit quatre semaines et un jour. Toutefois, les congés légaux seront rallongés de deux jours en 2001, puis à nouveau de deux jours en 2002.
Contrairement à la plupart des pays membres de lOCDE, ces 20 dernières années se sont caractérisées pour la Norvège par une très forte croissance de lembauche. De 1980 à 1999, le nombre demployés est passé de 1,9 à 2,3 millions, culminant en 1987 pour régresser légèrement jusquen 1993. En lespace de 7 ans, de 1993 à 1999, près de 254 000 personnes supplémentaires ont été embauchées.
Toutefois, par rapport à lannée dernière, la croissance de la demande de main-duvre sest ralentie, ce qui a notamment eu des répercussions sur le taux dactivité ; en 1999 ce dernier a enregistré une croissance nettement inférieure à celle des années précédentes. Ce phénomène sexplique en premier lieu par la baisse de lemploi dans lindustrie, en particulier dans les entreprises qui fournissent le secteur pétrolier. De 1998 à 1999, 10 000 personnes supplémentaires ont été embauchées.
Lembauche est actuellement si forte que les employeurs narrivent pas tous à trouver de personnes possédant les qualifications quils recherchent. Aetat recommande fortement de qualifier les demandeurs demplois et de les orienter vers les professions où le manque de main-duvre fait le plus défaut. Cette initiative a contribué à accroître lembauche et à relâcher la pression sur le marché du travail.
La structure de léconomie norvégienne sest considérablement modifiée au cours de ces 20 dernières années. La proportion des actifs travaillant dans le secteur de lindustrie et autres domaines de production a notablement baissé, alors que le nombre demplois dans le secteur public et les services privés a augmenté. La plupart des pays de lOCDE ont connu un développement analogue. Mais en ce qui concerne la Norvège, laugmentation des effectifs dans le secteur public a été plus marquée. Cette évolution est liée au fait que les revenus des activités pétrolières ont provoqué le déplacement dune partie de la production vers des activités protégées. Dans la période de haute conjoncture des années 1990, nous constations une augmentation importante de lembauche y compris dans lindustrie, mais en 1999 la tendance sest inversée.
Lon constate quau cours de la décennie écoulée, prise globalement, le chômage a été marqué par dimportants revers de conjoncture. Le taux de chômage est ainsi passé de 1,3 % de la population active en 1980 à près de 4 % en 1984. La hausse conjoncturelle du milieu des années 1980 a fait échec à cette tendance, avant quune nouvelle période de conjoncture à la baisse, amorcée en 1987, ne déclenche une augmentation brutale du chômage. Le pourcentage de chômeurs enregistrés auprès des bureaux de lANPE norvégienne sétablissait à 1,5 % en 1987. Ce chiffre a ensuite augmenté de façon quasi continue jusquà lété 1993, époque à laquelle le pourcentage de chômeurs enregistrés à lANPE est monté jusquà 6,1 % de la population active. En outre, 3 % de la population active bénéficiaient de mesures dinsertion ordinaires. Au total, on dénombrait ainsi 190 000 demandeurs demploi sans activité normale. Le début des années 1990 a donc été marqué par un taux de chômage élevé si lon se réfère aux conditions habituelles du marché du travail en Norvège.
Après avoir culminé en 1993, le pourcentage de chômeurs déclarés a connu une baisse sensible. À la fin de lannée 1998, le pourcentage de chômeurs déclarés était redescendu à 2,6 %. Cette baisse a connu un coup darrêt au cours du second semestre de 1998, avant de remonter légèrement vers la fin de lannée 1999. La baisse conjoncturelle de 1998 peut être considérée comme modérée, et les analystes ne prévoient pas de nouvelle période de chômage élevé.
Baisse du chômage chez les jeunes
Voilà 20 ans que le chômage frappe plus durement les jeunes que les autres tranches dâge. Ce phénomène est attribué au fait que le passage entre la scolarité et la recherche dun emploi peut savérer difficile pour certains dentre eux. De façon générale, le chômage des jeunes subit beaucoup plus linfluence conjoncturelle que celui des adultes. Cest pourquoi il a augmenté beaucoup plus vite de 1987 à 1993, et régressé beaucoup plus rapidement de 1993 à 1998, que cela na été le cas pour les demandeurs demploi plus âgés.
Les pouvoirs publics ont mis en uvre une batterie de mesures particulières pour améliorer la situation des jeunes, et notamment une ´ garantie Jeunes ª. Cette garantie permet à tous les moins-de-vingt-ans qui nont trouvé ni place dans un établissement denseignement ni emploi de participer à une mesure dinsertion au monde du travail. En outre, une loi de 1994 portant réforme de lenseignement (dite ´ Réforme 1994 ª) garantit à tous les jeunes le droit daccéder à un cycle de trois années denseignement secondaire, une fois accomplie la scolarité obligatoire qui, en Norvège, est de 10 ans.
Taux de chômage supérieur chez les immigrés
Le chômage est plus important parmi les personnes dorigine immigrée que parmi les Norvégiens de souche. Il est cependant satisfaisant de constater que le chômage a fortement reculé ces dernières années, y compris parmi les immigrés. Toutefois, à linstar de certaines autres catégories de la population, les personnes dorigine immigrée ont connu un tassement du chômage au cours de lannée écoulée.
Le chômage de la population féminine immigrée est habituellement plus bas que le chômage de la population masculine. Ceci tient notamment au fait que les femmes immigrées, mis à part les femmes issues des pays nordiques, ont en général une plus faible activité professionnelle.
Les difficultés que rencontrent les immigrés sur le marché du travail tiennent à leur faible niveau en norvégien, à leur méconnaissance du monde norvégien du travail, et à limpossibilité dutiliser en Norvège les métiers auxquels ils ont été formés ou la formation supérieure quils ont acquise dans leur pays dorigine. Par ailleurs, il nest pas exclu que les immigrés soient victimes dune certaine discrimination ethnique de la part des employeurs norvégiens.
Pour contribuer à améliorer la situation des personnes dorigine immigrée, Aetat a intensifié depuis plusieurs années ses efforts en faveur de ce groupe social quelle a inscrit au nombre de ses priorités. Il en est résulté notamment une vaste coopération avec les syndicats demployeurs norvégiens pour modifier les comportements des employeurs vis-à-vis des travailleurs immigrés.
Nette diminution du chômage de longue durée
La législation norvégienne définit comme chômeur de longue durée tout travailleur se trouvant sans emploi durant six mois consécutifs ou plus. Dans les années 1970, environ 10 % des demandeurs demploi étaient des chômeurs de longue durée. Leur nombre progresse légèrement à partir de 1983, mais ce nest pas avant 1987 que se produit la montée en flèche de cette forme de chômage en Norvège. Au plus fort de la crise, les demandeurs demploi entrant dans cette catégorie représentaient plus du tiers des chômeurs.
Lexpérience des autres pays dEurope a montré que ce type de chômage tend à perdurer, les chômeurs de longue durée ne bénéficiant pas outre mesure de laugmentation des offres demploi durant les périodes de reprise économique. Cest également ce qui sest produit en Norvège lorsque la conjoncture économique a amorcé sa remontée en 1993. Le renversement de cette tendance est lun des résultats les plus encourageants enregistrés au cours de ces dernières années sur le marché norvégien du travail. Le chômage de longue durée a accusé une forte régression, diminuant de plus de moitié. En 1999, les chômeurs de longue durée représentaient 25 % des sans-emploi.
Étant donné la demande massive de main-duvre qua connue le marché du travail sur une longue période, les employeurs ont été vraisemblablement incités à faire le nécessaire pour adapter les compétences aux emplois à pourvoir, et ce dans une beaucoup plus grande mesure quils ne le faisaient auparavant. Cest probablement lune des raisons qui ont contribué à la chute spectaculaire du chômage de longue durée. Il faut cependant ajouter que les autorités norvégiennes ont également mené une politique dynamique en matière demploi, et ont ainsi contribué à ce que les chômeurs entretiennent et renouvellent leurs qualifications. Maintenant que léconomie norvégienne sest redressée, les demandeurs demploi sont en mesure de répondre aux offres dembauche sur le marché du travail.
Le chômage de longue durée frappe surtout les travailleurs âgés. Ils en sont dautant plus victimes que les mesures prises par les pouvoirs publics pour stimuler lemploi sont destinées aux jeunes, définis comme groupe
prioritaire. En outre, les personnes dun certain âge ont plus de mal que les jeunes générations à quitter leur lieu dorigine pour aller sinstaller dans dautres régions de Norvège ; elles éprouvent aussi plus de difficultés à apprendre un nouveau métier.
Notons également quil existe un lien direct entre la durée du chômage et le niveau de formation des demandeurs demplois. La plupart des chômeurs de longue durée se recrutent parmi les travailleurs qui nont pour toute formation que la scolarité obligatoire.
Grandes disparités entre les départements
La Norvège est découpée en 19 départements qui présentent de grandes disparités tant sur le plan de leur étendue géographique que par la densité de leur population. La Norvège ne compte que quatre villes de plus de 100 000 habitants. La majeure partie de sa population vit dans des agglomérations de moindre importance et des régions à lhabitat clairsemé. La structure économique varie également beaucoup dun département à lautre.
De plus, le taux de chômage diffère considérablement entre les départements. En 1999, il était de 1,4 % dans le département qui enregistrait le taux de chômage le plus bas, et de 4,8 % dans le département le plus septentrional du pays le Finnmark qui détenait le record de chômage.
Politique dynamique de lemploi
Lorsque vers la fin des années 1980, la situation sur le marché du travail sest aggravée, lutilisation de mesures gouvernementales visant à favoriser lemploi sest intensifiée. Alors que lon comptait en 1988 environ 8 000 emplois résultant de mesures dinsertion, leur nombre était passé à 64 000 environ en 1994. Dès que la situation conjoncturelle saméliora et que, de ce fait, les conditions sur le marché du travail devinrent plus favorables, les mesures en faveur de lemploi furent à nouveau réduites afin de libérer la main-duvre disponible au profit du marché libre du travail. De 1998 à 1999, le nombre de bénéficiaires de mesures dinsertion a diminué de près de moitié. Toutefois, au cours de lautomne 1999 les mesures gouvernementales en faveur de lemploi ont connu une certaine reprise.
Les initiatives pour stimuler lemploi ont désormais pour objectif dadapter les qualifications des demandeurs demplois aux besoins des employeurs qui sont à la recherche de main-duvre. Des mesures daide à lemploi permettant de donner rapidement aux chômeurs une formation professionnelle seront donc largement utilisées. Les pouvoirs publics sintéressent également à la formation supérieure et continue des adultes, ou à leur recyclage.
Dans certaines branches de léconomie, les formations professionnelles courtes ne sont pas suffisantes pour satisfaire la demande des employeurs confrontés à un besoin aigu de main-duvre. La Norvège sest donc trouvée dans lobligation de faire venir du personnel de santé, des ouvriers du bâtiment et des ingénieurs des autres pays de lEEE pour résorber les problèmes de goulet détranglement dans certaines professions, ce qui a contribué aussi à assouplir le fonctionnement du marché du travail.
Étant donné létroitesse du marché norvégien du travail, il est essentiel de canaliser la main-duvre nationale disponible afin de lorienter vers les employeurs qui ont besoin de personnel, de sorte à compenser les déséquilibres du marché. En outre, il importe doptimiser lutilisation de la main-duvre dont nous disposons. Un nombre croissant dindividus consulte notre site Internet, www.aetat.no, qui constitue le choix le plus large et le meilleur doffres et de demandes demplois sur le Net. Les recruteurs saperçoivent quils peuvent y trouver des candidats nombreux et qualifiés, tandis que les demandeurs demploi peuvent avoir une bonne vue densemble des postes vacants.
Pour assurer un recrutement efficace, Aetat développe et étend différentes techniques de recrutement. Outre ses activités de placement courantes, Aetat expérimente actuellement de nouveaux services de recrutement élargis.
Le service dintérim que nous testons à lheure actuelle dans un certain nombre de communes et dentreprises privées vise à couvrir les besoins courants en personnel intérimaire ou vacataire, limité en nombre et recruté pour une période déterminée en accord avec les employeurs. Parmi les établissements concernés par le projet citons les écoles, les jardins denfants, les maisons de retraite et les commerces alimentaires. Le service dintérim consiste à mettre sur pied une équipe dauxiliaires adaptés aux besoins de lemployeur. Ces auxiliaires se voient ensuite assigner des missions en fonction de laccord dintérim. Lexpérience que nous avons tirée des projets pilotes démontre quaussi bien les intérimaires que les donneurs dordre sont satisfaits de ce système. Les intérimaires perçoivent des revenus plus élevés que sils étaient salariés, tandis que la force vive quils représentent est employée de façon bien plus efficace. Quant aux communes, elles font des économies de personnel, en particulier dans les secteurs de la santé et de léducation.
La promotion par Aetat du travail intérimaire constitue un apport important à un marché du travail marqué par létroitesse des possibilités dembauche et les problèmes de recrutement de certains secteurs économiques. Dune part, le projet contribue à la formation et à la qualification de certaines catégories de la population qui, pour des raisons diverses, ont du mal à trouver un emploi ; dautre part, il permet de réaliser des gains en termes de rationalité, dans la mesure où lorgane de placement se professionnalise et où les intérimaires se voient assigner des missions plus nombreuses, entrecoupées de périodes dattente plus brèves. Aetat permet ainsi une utilisation optimale des réserves nationales de main-duvre.
Pourquoi la Norvège a-t-elle un taux de chômage aussi bas ?
Comparé au reste de lEurope, le taux de chômage en Norvège est très bas, même si à lheure actuelle il est légèrement plus élevé quil ne létait au début des années 1980. Pourquoi avons-nous pu éviter que le chômage natteigne des taux plus élevés lorsquil a amorcé son ascension? Comment sommes-nous parvenus à le réduire aussi énergiquement au cours des dernières années, jusquen 1998 ?
Plusieurs facteurs ont joué en notre faveur. Du fait des énormes ressources en hydrocarbures que renferme son plateau continental, la Norvège se trouve dans une situation particulière. Laménagement des gisements pétrolifères a commencé dès le début des années 1970. Lindustrie norvégienne sest révélée capable de soutenir la concurrence avec dautres pays et a obtenu une part importante des investissements en mer du Nord. Dans dautres secteurs, les entreprises norvégiennes ont bénéficié des retombées de ces investissements dont la rentabilité na toutefois pas été perceptible avant le début des années 1980. En même temps que les retombées de lactivité pétrolière bénéficiait aux autres secteurs de léconomie norvégienne, les revenus de lexploitation du pétrole et du gaz ont permis à la Norvège de mener une politique active de lutte contre une conjoncture défavorable, en particulier en maintenant le niveau de lemploi dans une plus grande mesure que si elle navait pas été en possession de telles ressources. Du fait des variations importantes des prix du pétrole et du gaz, les revenus du pays sont dune année sur lautre exposés à de sérieuses fluctuations.
La politique dynamique de lemploi menée par les pouvoirs publics est un autre facteur important qui explique que la Norvège soit parvenue à endiguer la montée du chômage. Au cours de la période de basse conjoncture des années 1990, les pouvoirs publics ont surtout misé sur loffre de mesures qualifiantes. Cette politique a contribué à améliorer la formation des demandeurs demplois, et lorsque la demande de main-duvre a amorcé sa reprise en 1993, leurs qualifications répondaient dans une plus grande mesure aux besoins du marché du travail. Aetat a joué un rôle central pour fournir à léconomie norvégienne la main-duvre nécessaire lors de la reprise conjoncturelle.
Limportance des investissements publics réalisés par le passé a également permis de tenir le chômage en échec. Les grands projets de travaux publics réalisés au cours de ces douze dernières années, tels que les installations olympiques pour les Jeux dhiver de Lillehammer en 1994, laménagement du nouvel aéroport international de Norvège à Gardermoen et la reconstruction, à Oslo, du Rikshospital, établissement hospitalier à vocation nationale, y ont également contribué du fait de la création de nombreux emplois quils ont générée.
En matière de politique des revenus, il existe en Norvège un vaste consensus entre les partenaires sociaux. Sans cette coopération, les coûts salariaux auraient sûrement été beaucoup plus élevés et la rentabilité bien moindre. Nous avons toutefois assisté, ces dernières années, à une forte croissance des salaires qui provient notamment du fait du manque de main-duvre dans certaines corporations.
Quelles sont actuellement les perspectives dévolution du chômage ?
Lévolution du marché du travail en 1999 sest révélée plus positive que ne le craignaient les analystes. Cette situation sexplique notamment par une croissance plus forte que prévue des dépenses du secteur public et aussi, dans une certaine mesure, du secteur privé. La chute des investissements enregistrée en 1999, en particulier dans lindustrie pétrolière, est significative, mais semble pourtant moins importante que ce qui avait été annoncé. Lévolution plus lente du marché du travail peut être attribuée au ralentissement de la croissance économique que connaît la Norvège depuis lété 1998, ralentissement lui-même imputable à lévolution des investissements en capital fixe tant dans les secteurs liés à lindustrie pétrolière que dans les entreprises de la Norvège continentale.
Le nombre de chômeurs enregistrés à lANPE a augmenté de façon sensible au second semestre 1999, et nous estimons que cette tendance va se poursuivre en 2000. Selon les prévisions dAetat, il y aura en moyenne 67 000 personnes au chômage complet en 2000, soit 2,9 % de la population active, contre 2,6 % en 1999. Pour 2001 nous nous attendons à un taux de chômage inchangé.
La pénurie de main-duvre va persister dans certaines professions et industries, notamment dans le secteur de la santé et des services sociaux, et dans lenseignement. Dans les grandes villes en particulier, il restera difficile de recruter du personnel pour les activités de service, que ce soit dans le secteur public ou dans le secteur privé.
Nous avons des raisons de croire que, à lapproche de lan 2001, le chômage augmentera dans les industries mécaniques liées au secteur pétrolier, ainsi que dans la construction navale, tandis que le secteur du bâtiment et des travaux publics connaîtra une évolution modérée. Nous nous attendons que lévolution du marché du travail soit marquée par des difficultés ponctuelles, avec un accroissement du chômage dans les régions périphériques où lindustrie revêt une grande importance pour lemploi, tandis que dans les régions plus centrales le marché du travail restera saturé.
À plus long terme, la vague des personnes âgées qui déferlera sur la Norvège nous confrontera à des problèmes dinsuffisance de main-duvre dans certains secteurs. Toutefois, nous avons de bonnes raisons de croire que léconomie norvégienne résistera bien, et que le taux de chômage restera relativement bas comparé à la situation de la plupart des pays occidentaux.
Monsieur Theodor Harald (Ted) Hanisch, auteur de cet article, est à la tête de la Direction générale pour lEmploi. Il est titulaire dune maîtrise de sociologie (1973). Il occupait le poste de directeur adjoint à la Direction générale pour lEmploi avant sa nomination à la tête de cette administration le 1er janvier 1995. M. Hanisch fut secrétaire dÉtat au cabinet du Premier ministre de 1986 à 1989, puis directeur du centre de recherche CICERO (Centre pour la recherche internationale en matière climatique et environnementale) à Oslo.
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Produit par Nytt fra Norge pour le Ministère royal des Affaires étrangères en juillet 2000. Lauteur est seul responsable du contenu de cet article. Reproduction autorisée.